C'était le début d'un après midi de plein été au bord de la mer.Lorsque dans la matinée nous étions parties pour nager, le passage du typhon était encore perceptible. Le ciel bleu était limpide comme aux premiers jours de l'automne et le sable gorgé de la pluie diluvienne tombée toute la nuit aspirait doucement les pieds nus. Quand nous redescendîmes vers la plage, après une petite sieste à l'auberge, les hautes vagues persistaient, mais le sable complètement sec était brûlant...Nous marchions lentement sur le sable pour profiter de la lumière éblouissante de ce soleil estival soudain réapparu. Je sentis glisser quelques gouttes entre mes seins. J'essuyais la coulée de sueur en frottant mon sweat-shirt. Ce vêtement sans manches, agréable au toucher, mais de couleur noire, absorbait la chaleur et me tenait chaud. Nous étions les seules à ne pas être en maillot de bain. Yuriko et moi, nous n'aimions pas la peau bronzée. Cela nous suffisait d'avoir nagé le matin.
_ Et si nous machions sur la grève? porposa Yuriko avant de se diriger vers la mer.
A quelques pas derrière elle, je couvais des yeux ses bras et ses jambes dénudées, avec un sans-gêne dont je n'auais jamais osé faire preuve devant elle, puis je m'attardai sur la parka à capuche. Ce vêtement en jersey de laine, aux manche et au cordon élastique du bas coupés, était juste assez usé pour faire de l'effet. La texture du tissu et la la teinte grise décolorée chinée de blanc s'harmonisaient avec son dos légèrement vouté.
Grâce au typhon, les détritus qui souillaient ecore la mer l'avant veille avaient été rejetés près de la digue, et le rivage était maintenant vierge de toute impurté, à l'exception de l'eau troublée par la terre et le sable. Quand les vagues glacées heurtaient mes pieds, mon corps ramolli par la chaleur se ressaisissait à l'instant. De temps à autre, des vagues violentes venaient se briser près de nous en faisant jaillir des embruns jusqu'à mes cuisses. les mèches de nos cheveux agités par le vent du large ne cessaient de nous frapper les joues avec insistance. La mer d'aujourd'hui renvoyait des souffles bien plus dignes d'une mer par jour de calme...
extrait de "Natural Woman" de Matsuura Rieko
mon premier livre de chevet.
testé et approuvé par Meiko (le 10 Janvier 2005)